Projets scientifiques soutenus par Lethica 2021-2023

Dans le cadre de l'appel à projet lancé en janvier 2021, le comité scientifique de Lethica a validé 7 projets scientifiques pour la période 2021-2023, qui seront co-financés par l'iti

École d'Automne 2021 : "Éthique et Littérature" (E. Zanin et JC. Weber)  30 septembre - 2 octobre 2021

La formation de haut niveau, premier évènement organisé par Lethica, a rassemblé plus de 75 étudiants de master, de doctorat et des chercheurs qui souhaitaient approfondir leurs connaissances des relations entre éthique et littérature. Deux thématiques de Lethica("faire cas" et "révolutions morales") ont été abordées dans une perspective interdisciplinaire.

La lecture nous rend-elle heureux ? En quoi les histoires aident-elles le diagnostic médical et orientent-elles la construction de véhicules automatiques ? Pourquoi interdisait-on aux femmes de lire les romans ? L’étude des relations entre éthique et littérature permettra de répondre à ces questions. Une première session a été consacrée au « cas » : des spécialistes internationaux sont venus expliquer pourquoi le récit bref d’une situation particulière (un cas) est un outil essentiel pour la philosophie, la sociologie, la psychologie et de la médecine. Un atelier pratique nous a initié à penser « par cas ». Il s’agit aussi de comprendre le « bonheur » que l’on peut tirer de la lecture, à partir des méthodes mises au point par l’économie du bien-être. Une deuxième session a été consacrée à l’évolution des relations entre éthique et littérature, de l’Antiquité aux temps modernes.

Téléchargez le programme détaillé de l'école d'automne Lethica 2021 → ici

Plus de 120 participants ont participé à la conférence inaugurale le 30 septembre 2021.

Jean-Marie Apostolidès : Vivre, écrire, penser, interpréter les révolutions morales, d’hier à demain (A. Mangeon et A. Lomo)  Colloque international : 23-24 & 25 mai 2022

Né en 1943, Jean-Marie Apostolidès est un polymathe qui, formé en sociologie et en psychologie, a enseigné ces disciplines en France et au Québec avant de devenir professeur de littérature dans deux des plus prestigieuses universités américaines, Harvard et Stanford University. Pour revisiter ses travaux, S. Berrégard, G. Ducrey, N. Chavoz et A. Mangeon organiseront à l’automne 2021 un séminaire à destination des étudiants du master Cultures littéraires européennes, financé par ce dernier. Il s’agira notamment, dans le sillage de J.-M. Apostolidès, de relire le théâtre du XVIIe siècle, les œuvres d’Edmond Rostand et les littératures contemporaines, de la bande-dessinée (Hergé, Luc Giard) aux dernières avant-gardes du XXe siècle en France (Guy Debord, Ivan Chtcheglov et l’Internationale situationniste). M. Apostolidès sera ensuite l’invité du master CLE, pour un cycle de conférences ouvert aux membres de Lethica ; cette venue permettra de préparer un colloque hommage autour de son œuvre, avec invités pressentis et appel à communications. Ce second événement se tiendra les 23-24 et 25 mai 2022. L’entrée pour aborder son œuvre dans le cadre de Lethica sera la thématique des «révolutions morales», puisque M. Apostolidès s’est intéressé aux mutations majeures de la sensibilité occidentale, explorées sur plusieurs générations (voir notamment Héroïsme et victimisation, 2003). Nous privilégierons des approches historiques interculturelles, mais aussi axées sur la recherche création (œuvres littéraires, romans graphiques conçus à partir des dessins de Luc Giard).

Dans le cadre de ce projet Jean-Marie Apostolidès fera plusieurs conférences à Strasbourg (organisé par le Master CLE) :
→ 22 novembre 2021 : participation de J.-M. Apostolidès au séminaire du master CLE consacré aux situationnistes
→ Cycle de conférences (ouvert aux master CLE, UR 1337, agrégation de lettres modernes et membres de Lethica) : 
                  ° 22 novembre, 16h-18h : "Théâtre kaléidoscope"
                  ° 23 novembre, 18h-20h : "Cyrano de Bergerac"
                  ° 24 novembre, 15h30-17h30 : "Héroïsme et victimisation, vingt ans après"
Lire le résumé des conférences ici

Le dernier volet du projet sera l'organisation du colloque international :
"Jean-Marie Apostolidès : Vivre, écrire, penser, interpréter les révolutions morales, d’hier à demain"  organisé par Lethica - 23,24 & 25 mai 2022 - Salle de conférence de la MISHA - Université de Strasbourg

Téléchargez l'appel à communication pour le colloque : ici
Date de retour étendue au 15 décembre

Fiat pax désir de paix dans les littératures médiévales (P.Andersen, M. Ott et F.Moghaddassi)  Colloque international : 17 & 18 Juin 2022

Organisation et comité scientifique : Peter Andersen, Fanny Moghaddassi, Muriel Ott (Strasbourg)
Membres externes du comité scientifique : Philippe Haugeard (Orléans), Klaus Ridder (Tübingen), Martine Yvernault (Limoges)
Financement : LETHICA, UR 1337, UR 2325, UR 3400
Lieu : Salle des Conférences, MISHA, et Salle Guy Ourisson, Le Bel, Université de Strasbourg
Langues : allemand, anglais, français

Si le Moyen Âge occidental est marqué par des crises profondes qui engendrent parfois la guerre, il est aussi traversé de voix qui mettent en question la guerre et soulignent la prééminence de la paix, notamment dans le cadre conceptuel chrétien. Le colloque entend prêter attention à ces voix tout en prenant en considération la dimension héroïque et guerrière de l’idéal chevaleresque. Il s’agira donc d’étudier les tensions, et les négociations et réflexions qu’elles engendrent entre désir de paix et désir de guerre dans la littérature médiévale.

Le Moyen Âge a souvent été défini et représenté comme une longue période obscure, agitée en permanence de guerres, de violences sanguinaires, de brutalités aussi variées qu’innombrables, incontrôlées et incontrôlables. Cette vision fantasmée a largement été démythifiée par les nombreux travaux d’historiens qui ont mis en évidence les liens entre le pouvoir et la violence, précisé les heurts entre les injonctions des clercs à la paix et les visées de l’aristocratie laïque, dégagé les mécanismes et les rituels des règlements des conflits et documenté la lente évolution vers une société où des États et leurs institutions exercent le contrôle de la violence.

Il n’en demeure pas moins qu’au Moyen Âge, dans les littératures vernaculaires, de très nombreux récits, en particulier dans le domaine épique, se sont attachés à retracer dans le détail les guerres et à célébrer les exploits des héros, les luttes victorieuses contre les ennemis de la foi chrétienne ou les hostilités entre des clans rivaux. Chanter les héros, c’est alors glorifier la guerre, voire la joie de la guerre, selon une dynamique bien étudiée.

Le présent colloque propose par contraste d’examiner, dans des œuvres littéraires qui racontent la guerre, les voix et les voies de la paix. Ce que l’on pourrait qualifier de pacifisme est en effet assez peu étudié : rares sont encore les études qui prennent véritablement en considération les voix de la paix ou se consacrent à la résolution pacifique des conflits dans les textes littéraires. Les textes littéraires qui s’attachent à la paix la décrivent assez rarement en tant qu’état (du reste souvent rompu dès le début du récit), mais la représentent plus fréquemment comme un objectif, qui suppose la mise en place de séries d’actes (ambassades, négociations, éventuelles trahisons), de discours, de gestes, de rituels, mais aussi comme un but qui peut être contredit, refusé, combattu. La paix offre ainsi un important potentiel narratif, qui, dans certains textes, concurrence la glorification de la guerre. C’est à ce potentiel narratif et aux stratégies – notamment argumentatives – des partisans de la paix que le présent colloque propose de s’intéresser. Dans la littérature comme dans la réalité en effet, les affrontements militaires sont toujours précédés de délibérations où les différentes options sont débattues.

Keynote speakers

Brigitte Burrichter, professeure (Université de Würzburg) : « Friedensaspekte in der Historia Regum Britanniae und im Roman de Brut »
Patrick del Duca, professeur (Université de Clermont-Auvergne) : « Paix et ruptures de paix dans le Willehalm de Wolfram von Eschenbach »
Ármann Jakobsson, professeur (Université de Reykjavik) : « Suing for Peace: The historiographer Sturla Þórðarson and his contemporary sagas as ideological documents »

École d'Automne 2022 : Enjeux éthiques et esthétiques de l’Intelligence Artificielle (N. Chavoz)  28-30 septembre 2022

La prochaine École d’Automne de l’ITI Lethica se tiendra, à l'Université de Strasbourg, du 28 au 30 septembre 2022 autour des enjeux éthiques et esthétiques de l’Intelligence Artificielle. Abordé dans le cadre de l’École d’Automne 2021, ce sujet a été choisi pour son actualité contemporaine, mais également pour son interdisciplinarité et sa proximité avec les quatre thématiques centrales de Lethica :

  • Révolution morale : accepterons-nous la présence d’intelligences artificielles dans nos vies ? Quel statut moral, juridique, philosophique leur accorderons-nous le cas échéant ?
  • Triage : dès lors que l’intelligence artificielle peut être appelée à faire des choix, comment anticiper sur ces éventuels arbitrages ? (cas, par exemple, des voitures automatiques).
  • Transparence et secret : La gestion de nos données personnelles peut-elle être confiée à une intelligence artificielle ? Faut-il avoir peur des Big Data ?
  • « Faire cas » : Une intelligence artificielle peut-elle « faire cas » ? Peut-elle être chargée de veiller sur les plus faibles (personnes âgées ; enfants) ? Peut-elle elle-même devenir un « cas », c’est-à-dire développer une forme de singularité ?

Pour discuter de ces questions, Lethica a choisi de solliciter des spécialistes issus de domaines variés (littératures, éthique, arts, mais aussi informatique et philosophie) : certains invités sont des chercheurs polyvalents, situés à la croisée de plusieurs disciplines ; d’autres sont engagés dans des pratiques de recherche et de création (ou de recherche-création) ; d’autres encore sont des artistes ou des écrivains bénéficiant d’une reconnaissance nationale et internationale.

Voir toutes les informations sur cet évènement → ici

Les fables du tri : travail, entreprise, et conflits éthiques dans la littérature et le cinéma des XXe et XXIe siècles (C. Grenouillet et A. Labadie)  Colloque : 12-14 octobre 2022

« Les fables du tri : travail, entreprise, et conflits éthiques dans la littérature et le cinéma des XXe et XXIe siècles » est un projet de colloque et de cycle de films qui s’inscrit dans la thématique du tri et dans l’approche historique de Lethica. Il s’attachera à examiner comment sont représentées, donc pensées, dans la littérature et le cinéma des pays capitalistes industrialisés, les logiques de tri à l’oeuvre dans le monde du travail, dans toute l’étendue de son champ (grandes entreprises, milieu hospitalier et gériatrique, soin à la personne, enseignement, agriculture, artisanat, culture, édition, etc.). Il examinera en particulier la mise en texte / la mise en scène des conflits éthiques auxquels sont soumis des travailleurs appartenant à de nombreux corps de métiers.

Informations sur le Colloque  (12 au 14 octobre 2022) + télécharger les détails du projet ici
 

Ce colloque est cofinancé par Lethica, Configurations Littéraires (UR1337 - Université de Strasbourg) et THALIM (Théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité - UMR 7172 - Sorbonne Université/CNRS)

Théâtre et éthique en Europe sous l'ancien Régime (S. Berregard et F. D'Antonio)  Colloque : 1er-3 février 2023

Partant du concept de « tribune », théorisé notamment par Chr. Biet, l’objet de ce colloque est d’examiner la nature mais aussi la forme des réflexions relatives aux questions d’éthique portées par le théâtre européen des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. S’il est nécessaire de recontextualiser les discours ou les postures que le corpus illustre en ce domaine, il apparaît qu’y sont également développées des problématiques universelles relatives à l’exercice du pouvoir, comme celle du rapport entre intérêts privés et intérêts publics ou encore celle du secret d’État, prisée de la tragédie historique. Considérées sous cet angle, les oeuvres dramatiques sont comme autant de cas particuliers offerts au jugement d’un public qui émane de la société tout entière.


Argumentaire :
Selon la définition, directement issue de son étymon grec, qu’en fournit le Dictionnaire universel de Furetière (1690), l’éthique est le « nom qu’on donne quelquefois à la Morale, ou à la science des Moeurs ». Le mot ne sert donc pas seulement à désigner des règles ou des prescriptions définies par des traités, tel celui de Nicolas Faret L’Honnête Homme ou l’Art de plaire à la cour (1630), à partir ou non de pratiques préexistantes ; il correspond aussi à des outils et à des méthodes visant à l’observation et à la description de manières d’être individuelles ou collectives. Dès lors, l’entreprise ne consiste plus à dénoncer ou à exalter, en vertu de normes préalablement établies, telle ou telle conduite, mais à en rendre compte hors si possible de tout jugement.
Or le théâtre nous est apparu comme un lieu privilégié d’exposition, d’expression ou de manifestation de postures ou d’idées, le plus souvent contradictoires, sur des questions éthiques - entendues au sens large - aussi cruciales que celle de la raison d’État ou encore celle du rapport entre intérêts privés et intérêts publics au sein de la sphère politique.

Téléchargez la suite et l'appel à communications ici

Éthique de la folie ordinaire : médecine, philosophie, littérature (B. Marquer et E. Marquer)  Colloque 9-11 mars, 2023

Qu’est-ce que la médecine de l’esprit ? Une réponse spontanée convoque immédiatement une disciplineau sens où l’entendait Foucault, puisque « [l]a médecine n’a aujourd’hui plus de champ extérieur » (Les Anormaux, 1999, p. 250). Pourtant, la medicina mentis a longtemps constitué un objet philosophique, où la référence à la pathologie n’était pas prédominante, et où l’hygiène de la pensée ne supposait pas nécessairement une perspective médicale. On pourra y voir l’évolution des disciplines et de leur rapport de force, mais ce n’est pas cet aspect qui nous retiendra : plutôt ce qu’elle suppose de la conception de l’esprit, des moyens à employer pour le soigner, et de la hiérarchie des facultés que ce soin ordonne.

Ce projet se propose en effet de rendre toute sa complexité à l’apparente simplicité d’une expression (la médecine de l’esprit), en réfléchissant à ce qui fait l’objet du soin, puisque définir la médecine de l’esprit suppose de définir l’esprit dont on doit avoir soin.

Pour ce faire, nous proposons de reprendre les postulats foucaldiens sur la folie et sur la norme, afin d’en discuter les définitions. L’hypothèse qui nous servira de guide est que la folie n’est pas forcément cet impensé ou ce négatif de l’esprit rejeté à partir de l’âge classique, dont la littérature aurait vocation à exprimer la force subversive sous la forme d’une expérience de la limite (Bataille, Roussel). À rebours de cette conception inscrivant la folie dans le champ de l’extra-ordinaire, de l’anormal, voire de l’anomal, nous nous proposons d’envisager la folie comme un phénomène ordinaire, dans le cadre d’une éthique de la vie ordinaire, dont la littérature permettrait de mesurer l’activité et l’utilité. Parce qu’elle permet, par l’intermédiaire du quotidien de la lecture, d’expérimenter le pouvoir de la fiction et d’éprouver d’autres vies, la littérature, dont le propre est « de dégager des significations universelles sans le secours du concept » (Danièle Sallenave, Le Don des morts. Sur la littérature, 1991, p. 154), s’offre en effet comme une autre voie d’accès à une philosophie de l’imagination, une philosophie où la « folie » n’est plus l’envers de la raison, mais où elle peut incarner le « beau danger » que Foucault associait à sa propre pratique de l’écriture (Le beau danger. Entretien avec Claude Bonnefoy, 2011). Un « beau danger » dont nous postulons qu’il est exercice d’une folie ordinaire où l’expérience de l’altérité, l’identification imaginaire, illustrent les vertus philosophiques de la fiction.

Télécharger le descriptif complet du projet ici

Calendrier du programme :

  • 1er séminaire, Paris 1, 2 avril 2022 : « Histoire de la folie et medicina mentis : un autre âge classique »

L’enjeu de ce premier séminaire est de revenir à une conception non psychiatrique de la médecine de l’esprit, en focalisant la réflexion sur la médecine de l’esprit telle que pouvait l’entendre la philosophie moderne. Quelle est alors la place réservée à l’imagination par la philosophie morale lorsqu’il s’agit d’envisager une hygiène de l’esprit ?

  • 2e séminaire, Strasbourg, 18 novembre 2022 : Folie et imagination (19e-20e siècles)

Ce second séminaire sera consacré aux discours sur l’imagination issus de la « naissance de la psychiatrie » et à l’examen des postures éthiques découlant de la pathologisation croissante de l’imagination.

N.B. : Ce séminaire sera intégré à la formation reçue par les étudiants du master CLE (séminaire « Littérature et culture »)

  • Colloque « Éthique de la folie ordinaire : médecine, philosophie, littérature », Strasbourg, 9-11 mars 2023

L’argumentaire du colloque proposera une synthèse des réflexions issues des deux séminaires, mais cherchera à focaliser l’étude sur la fonction éthique de l’imagination.

Éthique et littérature aujourd’hui : l’état de la question, l’héritage du passé (E. Zanin et E. Perdichizzi)  23-25 mars 2023

Le colloque international « Éthique et littérature aujourd’hui » vise à comprendre pourquoi la morale assume aujourd’hui une importance grandissante dans l’évaluation des œuvres littéraires. Pour répondre à cette question, il s’agira de dresser l’état de lieux des recherches sur les relations entre littérature et éthique et de reconstituer les étapes essentielles de l’histoire conjointe des deux disciplines, de la Renaissance au XXIe siècle. L’analyse des cas précis (Oarystis 2017, Max Fox 2020) permettra de cerner de près les changements en cours. Le dialogue entre philosophes moraux et théoriciens de la littérature permettra d’approfondir deux thématiques de LETHICA («faire cas», «révolutions morales»), de contribuer à la formation des étudiants et d’explorer de nouvelles pistes pour mieux définir le contenu de vérité de la littérature, ses formes, et sa pertinence dans le processus de lecture.