Projets de recherche soutenus dans le cadre de l'appel 2025-2027
2025
- Publication de La Riposte de Neda Nejdana, édition bilingue, traduction Kateryna Tarasiuk et Victoire Feuillebois, présentation et dossier Victoire Feuillebois, PUS, coll. Hamartia.
La Riposte est une pièce écrite en 2018 et qui traite de la guerre au Donbas, prélude à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022. Il s’agit d’un monologue d’une femme dont le conjoint a été tué par un sniper russe lors de ce conflit. La protagoniste seule et enceinte reçoit l’invitation d’une de ses meilleurs amies – russe – à être son témoin de mariage. Elle décide d’écrire une réponse qui sera aussi une « riposte » à la violence qu’elle a subie et qui se trouve niée. Mais le long monologue qu’elle enregistre a-t-il vocation à « faire cas » de cette souffrance, ou sert-il à organiser une vengeance bien moins symbolique ? In fine, c’est la question de la fragilité et du pouvoir de l’art que pose le texte : il ne peut certes pas protéger (le conjoint assassiné était chanteur d’opéra), mais peut-il guérir ou organiser une « riposte » ? La pièce élabore donc un dilemme moral autour du thème de la vengeance et la rétribution, tout en contribuant à réfléchir aux liens entre art et violence.
- Colloque « Formes et figures du triage » (Francesca Cassinadri, Laura Braun-Parvez et Vittoria Dell'Aira) : 16-17 septembre 2025
Depuis plusieurs années, la question du triage suscite un intérêt croissant en sciences sociales et en philosophie de la médecine. Traditionnellement analysé sous l’angle de la rareté des ressources, il repose sur des critères de priorisation et de distribution dans un système fini face à une demande infinie. Aujourd’hui, le triage ne se limite plus aux situations d’urgence ou de crise (médecine de guerre, catastrophes sanitaires), mais s’inscrit dans des pratiques courantes. Il devient une « routine d’exception », révélant ainsi toute son ambiguïté. Deux colloques, « Sélection, tri et triage en médecine. Logiques, pratiques et valeurs » (2014) et « La médecine du tri. L’extension d’un paradigme ? » (2024), ont nourri les réflexions sur ces pratiques ordinaires dans la médecine contemporaine. Mais que se passe-t-il lorsque l’on étend ce paradigme à d’autres sphères ? Assistons-nous à une généralisation du triage dans des domaines variés ? Si oui, quels types de triages observe-t-on selon les contextes, et quels enjeux éthiques en découlent ? Avec ce colloque, nous faisons le pari que le paradigme du triage s’est élargi et nous voulons en tester la pertinence. Quels sont ses effets concrets ? Au-delà des sphères médicales et professionnelles, nous nous intéresserons aux critères, aux biais et aux tensions qui structurent les pratiques de sélection et la gestion des probabilités d’accès dans des domaines divers comme la surveillance des frontières, le monde de l’art et du spectacle, le marché du livre, ainsi que la sélection algorithmique sur les plateformes numériques. Nous souhaitons ainsi mettre en lumière les logiques qui exacerbent les inégalités et interroger la tension entre transparence et secret dans les critères de sélection. Comment ces critères évoluent-ils selon les époques, les sensibilités morales et les contextes culturels ? Pensé en ces termes, le triage ne concerne plus seulement la gestion de la rareté, mais aussi le filtrage de la surabondance. Quelles questions éthiques soulève ce changement de perspective ?
2026
- Colloque Stella Incognita 2026 « Quand la science-fiction fait machine arrière » (Philippe Clermont, Hugo Canihac, Delphine Guerdin, Université de Strasbourg) : 30, 31 mars et 1er avril 2026
Le colloque Stella Incognita 2026 « Quand la science-fiction fait machine arrière » vise à explorer les fictions d’un futur tourné vers le passé. L’étude des rétrotopies ainsi proposée veut articuler une caractérisation des formes de fiction en question et une démarche de lectures éthiques pour les analyser, afin de dégager les visées de ces esthétiques fondées sur des passés réels ou fantasmés. Les œuvres de fiction seront abordées comme les expériences de pensée que la science-fiction rend possibles, autant de façons de « faire cas » visant à prendre soin de la nature ou de la société au moyen d’un retour en arrière. L’approche sera interdisciplinaire mobilisant en particulier études littéraires ou cinématographiques, sciences politiques et philosophie pour éclairer les fictions étudiées.
- Colloque « TCHERNOBYL 40 après : des signes à déchiffrer » (Tatiana Victoroff, Emmanuel Béhague, Jean-Christophe Weber, Université de Strasbourg) : 27 et 28 avril 2026
Les enjeux éthiques soulevés par la catastrophe de Tchernobyl sont multiples, aussi bien dans ses causes, ses conséquences immédiates et ses suites à long terme. 40 ans après, il s’agira de les questionner des points de vue scientifique, médical, littéraire et artistique. Les exposés des quatre invités d’honneurs réunis autour de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de Littérature pour sa Supplication consacrée à la catastrophe, et des 20 participants retenus seront accompagnés d’une adaptation scénique de la Supplication et d’une exposition de photos et d’œuvres picturales. Des tables rondes seront animées par des doctorants sur les thématiques des « villes fermées » et du « tourisme nucléaire ».
2027
- Colloque « Réceptions empiriques : bilan, perspectives et enjeux éthiques de la recherche sur les réceptions » (Anne-Claire Marpeau, Université de Strasbourg) : dates à venir
Le projet part d’un constat, et d’une série de questions : Comment sont reçues les œuvres ? Le verbe recevoir, large dans ses acceptions (il est synonyme d’accueillir, de lire, de regarder, d’interpréter, etc.), qualifie une opération si essentielle qu’elle fonde le principe même de la culture – et par extension des études culturelles. Il n’existe d’art que partagé, et de culture que reçue. Mais comment dire la manière dont nous avons reçu un film, un livre ou spectacle ? Et surtout, comment étudier cette diversité fondamentale quand on se place du point de vue des chercheureur·euses et des enseignant·es ? Quels enjeux éthiques sont soulevés par la prise en compte ou l’absence de prise en compte de la réception empirique dans l’approche des œuvres et des productions culturelles ? À l’heure du tournant éthique et affectif des sciences humaines, ce colloque international et résolument interdisciplinaire invite les chercheur-euses à penser les récepteur-rices comme sujets politiques et comme des ethoï qui engagent des façons de vivre et des manières d’être dans leurs réceptions des œuvres. Il nous semble que l’attitude de recherche qui implique de se rendre attentifs et attentives aux réceptions des autres demande à être accompagnée par des outils et des méthodologies et à être approfondie par des échanges entre professionnel·les. Ces questions seront abordées en mettant l’accent sur deux axes de l’ITI Lethica : « Révolutions morales » et « Faire cas, prendre soin » : dans quelle mesure la prise en compte de la réception empirique peut-elle être pensée non pas seulement comme un tournant épistémologique mais aussi comme une révolution morale manifestant « l’avènement de nouveaux principes et de nouvelles pratiques, qui mettent un terme aux formes antérieures de discrimination et de marginalisation » par l’attention au terrain, aux voix individuelles et collectives, aux réceptions minorées » ? Comment les pratiques de recueil et d’analyse des réceptions peuvent-elles être informées, nourries par les questions de « cas » et de « soin » ? Et comment l’écoute de ces réceptions peut-elle faire naître et/ou rendre attentif·ves aux débats éthiques et créatifs que suscitent les œuvres ?